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Tyr, cité phénicienne du Liban : histoire, archéologie et matière à roman

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Tyr, cité phénicienne du Liban : histoire, archéologie et matière à roman

Port phénicien du sud du Liban, Tyr a fondé Carthage, résisté sept mois à Alexandre le Grand et laissé un site archéologique classé au patrimoine mondial. Pour une auteure, la ville de Tyr offre trois millénaires d'histoire, des fouilles publiées et deux héroïnes : Élissa et Europe, pour un roman historique documenté.

Tyr en quatre repères : une île fortifiée devenue presqu'île après le siège de 332 av. J.-C. ; la pourpre tirée du murex, qui fit sa fortune ; une colonie, Carthage, fondée selon la tradition en 814 av. J.-C. ; des vestiges romains et byzantins visibles sur trois sites archéologiques.

Où se trouve Tyr, la cité que les Libanais appellent Sour ?

Tyr se situe sur la côte du Liban-Sud, à environ 80 kilomètres au sud de Beyrouth et à une vingtaine de kilomètres de la frontière. Son nom arabe, Sour, prolonge le phénicien Ṣur, qui signifie « rocher » : la cité primitive occupait une île rocheuse séparée du continent par un bras de mer. Sur une carte actuelle, la ville moderne s'étend sur l'ancienne île et sur l'isthme sablonneux qui la relie désormais à la côte. Ce détail géographique compte pour une romancière : une scène située avant ou après 332 av. J.-C. ne se décrit pas de la même façon, puisque la ville insulaire n'était accessible que par bateau. Aujourd'hui, Tyr est la quatrième ville libanaise par sa population et un port de pêche actif, ce qui permet de confronter les descriptions antiques à un paysage encore lisible.

Une histoire de Tyr en cinq époques

L'histoire de Tyr se lit comme une succession de couches, chacune propice à un récit différent. Le tableau ci-après donne les jalons que les sources anciennes et les fouilles s'accordent à retenir.

PériodeÉvénementCe qu'une auteure peut en tirer
Xe siècle av. J.-C.Règne de Hiram Ier, allié de Salomon selon la BibleCour royale, commerce du cèdre, diplomatie
IXe siècle av. J.-C.Départ d'Élissa et fondation de CarthageExil, voyage en mer, fondation d'une cité par une femme
VIe siècle av. J.-C.Siège de treize ans par Nabuchodonosor IIVie quotidienne d'une ville assiégée
332 av. J.-C.Prise de la ville par Alexandre le GrandRécit militaire, chute et massacre
1124-1291Tyr croisée, puis prise par les MamelouksChronique médiévale, rencontre des cultures

Bien avant Hiram, la ville apparaît dès le troisième millénaire avant notre ère dans des sources égyptiennes, puis dans les lettres d'Amarna, où son roi Abimilki écrit au pharaon pour réclamer de l'eau et des soldats. Entre ces jalons, Tyr est perse, puis hellénistique, puis romaine, avant de devenir byzantine et arabe à partir du VIIe siècle. Chaque domination a laissé des traces, ce qui oblige à choisir son siècle avec précision avant d'écrire une ligne.

La cité phénicienne : pourpre, navires et comptoirs

La richesse de Tyr reposait sur la mer. Ses navires reliaient la côte phénicienne à Chypre, à la Sicile, à l'Afrique du Nord et jusqu'à Gadir, l'actuelle Cadix, au-delà du détroit de Gibraltar. La cité exportait du bois, du verre, des tissus et surtout la pourpre, une teinture extraite d'un coquillage, le murex. Des milliers de coquillages étaient nécessaires pour teindre une seule étoffe, et l'odeur des ateliers, installés à l'écart, est mentionnée par plusieurs auteurs antiques : un détail sensoriel qui donne du corps à une description. La pourpre de Tyr devient ensuite, à Rome et à Byzance, la couleur réservée au pouvoir. Pour construire une intrigue, ce commerce fournit des personnages tout trouvés : marins, teinturières, marchands, scribes, prêtres de Melqart, le dieu protecteur de la ville, dont le temple se tenait au centre de l'île. Hérodote, qui dit l'avoir visité, rapporte à son propos deux colonnes, l'une d'or, l'autre d'émeraude.

Élissa et Europe, deux héroïnes venues de Tyr

Deux figures féminines majeures de la mythologie méditerranéenne sont tyriennes, ce qui intéresse directement une auteure. Élissa, que Virgile appelle Didon, fuit Tyr après le meurtre de son époux par son frère, le roi Pygmalion, et fonde Carthage. Selon le récit transmis par Justin, elle obtient des habitants autant de terre qu'en peut couvrir une peau de bœuf, qu'elle découpe en fines lanières pour délimiter une colline entière. Europe, fille du roi Agénor, est enlevée par Zeus métamorphosé en taureau et donne son nom au continent. Ces deux personnages, réinterprétés depuis l'Antiquité, se prêtent à la réécriture d'un point de vue féminin ; la méthode pour créer des personnages de roman cohérents s'applique pleinement à ces figures dont on ne connaît que des fragments.

Le siège d'Alexandre le Grand en 332 av. J.-C.

Lorsque Alexandre le Grand descend la côte, Tyr refuse de lui ouvrir son sanctuaire de Melqart. Faute de flotte suffisante au départ, le roi macédonien fait construire une digue d'environ 800 mètres à travers le bras de mer, sous les tirs des défenseurs. Le siège dure sept mois. Les historiens antiques, Arrien et Quinte-Curce en tête, en ont laissé un récit détaillé : brûlots lancés contre la digue, tours de siège, plongeurs coupant les amarres. La ville tombe pendant l'été 332 av. J.-C. Au fil des siècles, le sable s'est accumulé contre la digue jusqu'à transformer l'île en presqu'île, ce que les géomorphologues ont confirmé par des carottages. Pour une femme de lettres qui écrit la guerre du point de vue des assiégés, Quinte-Curce rapporte aussi l'évacuation d'une partie des femmes et des enfants vers Carthage avant l'assaut final.

L'archéologie de Tyr : ce que révèlent les fouilles

Les premières recherches scientifiques sur le site sont françaises : en 1860-1861, Ernest Renan dirige la Mission de Phénicie, dont une partie des découvertes rejoint le Louvre. Les grandes fouilles commencent après 1946 sous la direction de l'émir Maurice Chéhab, à la tête du service des Antiquités du Liban. Elles mettent au jour trois ensembles principaux :

  • le site d'Al-Mina, sur l'ancienne île : rues à colonnades, thermes, mosaïques et quartier résidentiel ;
  • le site d'Al-Bass, à l'entrée de la ville : une vaste nécropole à sarcophages, un arc monumental et l'un des plus grands hippodromes romains connus, long de près de 480 mètres ;
  • la nécropole phénicienne d'Al-Bass, fouillée à partir de 1997, avec ses urnes funéraires de l'âge du fer.

Le site archéologique de Tyr est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1984. Les vestiges phéniciens restent rares, car la ville romaine a été bâtie par-dessus : l'essentiel de ce qu'on visite date de l'époque romaine et de l'Antiquité tardive.

Se documenter sur Tyr avant d'écrire

Une auteure qui ne peut pas se rendre au Liban dispose de sources solides. Les rapports de fouilles et le Bulletin d'archéologie et d'architecture libanaises publient les campagnes récentes, et l'Institut français du Proche-Orient diffuse en ligne une partie de ses travaux sur la côte libanaise. Les récits d'Arrien, de Quinte-Curce et de Justin existent en traduction française. Au Louvre, le département des Antiquités orientales expose des objets phéniciens issus de la Mission de Phénicie, un détour à prévoir parmi les musées de Paris à visiter pour écrire. Enfin, les cartes anciennes et les photographies aériennes permettent de visualiser l'île, l'isthme et le port.

Tyr, réponses à quelques doutes d'écriture

Peut-on situer une intrigue à Tyr sans tout connaître de la culture phénicienne ?

Oui, à condition de choisir un point de vue limité, celui d'un personnage qui ne sait pas tout. Les lacunes des sources deviennent alors un espace de fiction plutôt qu'un piège.

Quelle époque de Tyr est la mieux documentée ?

Le siège de 332 av. J.-C. et la période romaine, grâce aux historiens antiques et aux fouilles d'Al-Mina et d'Al-Bass. L'époque phénicienne ancienne repose davantage sur des inscriptions et des textes bibliques.

Tyr et Sidon, quelle différence ?

Ce sont deux cités phéniciennes voisines et rivales de la côte libanaise. Sidon se trouve à une quarantaine de kilomètres au nord de Tyr ; les textes anciens les citent souvent ensemble.

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