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Riquet à la houppe, le conte de Perrault et ses réécritures

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Riquet à la houppe, le conte de Perrault et ses réécritures

Publié en 1697 par Charles Perrault, le conte Riquet à la houppe oppose le prince Riquet, laid mais intelligent, à une princesse jolie mais stupide. Chacun a reçu d'une fée le pouvoir de rendre à l'autre ce qui lui manque, et le conte se termine sur une morale : tout est beau dans ce que l'on aime.

Riquet en quatre repères

Auteur et date
Charles Perrault, Histoires ou contes du temps passé, 1697 ; une version tragique de Catherine Bernard paraît un an plus tôt.
Intrigue
Riquet, prince à la houppe, donne l'esprit à une princesse belle mais sotte, qui promet de l'épouser un an plus tard.
Morale
L'amour transforme le regard : la beauté intérieure finit par effacer la laideur.
Héritage
Un conte souvent réécrit, jusqu'au roman d'Amélie Nothomb en 2016.

Le résumé de Riquet à la houppe, étape par étape

Le conte de Charles Perrault s'ouvre sur une naissance. Une reine met au monde un fils si laid qu'on doute longtemps qu'il ait forme humaine. Une fée présente à la naissance rassure la mère : l'enfant aura beaucoup d'esprit, et elle lui accorde en plus le don de pouvoir rendre aussi spirituelle que lui la personne qu'il aimera le plus. L'enfant naît avec une petite houppe de cheveux sur la tête, d'où le nom qu'on lui donne : Riquet à la houppe.

Sept ou huit ans plus tard, la reine d'un royaume voisin accouche de deux filles. Cette reine était aussi inquiète que la première. L'aînée est plus belle que le jour, mais la même fée annonce qu'elle n'aura aucun esprit. Pour adoucir le coup, elle lui donne le pouvoir de rendre beau celui qui lui plaira. La sœur cadette, elle, est laide mais très spirituelle. En grandissant, la belle princesse souffre de sa bêtise : on l'admire un instant, puis tout le monde se tourne vers sa sœur pour converser.

Un jour, retirée dans un bois pour pleurer, la princesse rencontre le jeune prince Riquet, venu exprès dans ce royaume voisin après avoir vu ses portraits. Il lui propose un marché : il peut lui donner de l'esprit si elle accepte de l'épouser dans un an. Elle accepte, et se trouve aussitôt capable de parler avec finesse. Toute la cour s'en étonne, et des princes accourent de partout pour la demander en mariage.

Un an plus tard, la princesse revient au même bois sans penser à sa promesse. Elle entend sous la terre des cuisiniers qui préparent le festin des noces de Riquet. Le prince paraît, réclame sa parole, et la princesse plaide : elle n'avait pas d'esprit quand elle s'est engagée. Riquet lui rappelle alors qu'elle détient, elle aussi, un don de pouvoir rendre beau celui qu'elle aime. Elle le souhaite, et Riquet devient à ses yeux l'homme du monde le plus beau et le plus aimable.

La scène de la forêt est presque entièrement dialoguée. Riquet s'adresse à elle en l'appelant « Madame », avec la galanterie des salons ; la princesse lui répondit d'abord qu'elle ne savait que dire, puis, une fois devenue intelligente, elle discute pied à pied. Ce passage est le plus vivant du texte : la même personne, à un an d'écart, parle avec deux voix différentes, et le lecteur mesure ce que le pacte a changé. L'aînée des deux sœurs était muette en société ; elle devient la plus brillante de la cour.

Qui est le prince Riquet, et pourquoi cette houppe ?

Riquet est un homme sans beauté physique mais pas un homme sans esprit : c'est même l'inverse du stéréotype. Perrault le décrit bossu, boiteux, avec des yeux qui louchent, mais capable de charmer par la parole. La houppe, cette petite houppe de cheveux sur le haut du crâne, est le seul trait qui le distingue dès la naissance. Elle fonctionne comme un signe : l'enfant est marqué, différent, et son nom tout entier tient à ce détail.

On a cherché d'où venait ce nom. Le mot « riquet » existait dans certains parlers régionaux, et la houppe évoque une touffe, un toupet. Perrault n'explique rien, et ce silence a nourri les lectures : la houppe peut se lire comme une couronne dérisoire, ou comme la trace d'une singularité qu'il faut aimer pour ce qu'elle est. Pour une auteure qui reprend le conte, ce détail est précieux, car un personnage gagne à porter un signe visible que le récit transforme.

Le prince Riquet n'est pas pour autant un héros passif. Il voyage, choisit, négocie, et c'est lui qui fixe le délai d'un an. Il rappelle sa promesse à la princesse avec une politesse qui est aussi une pression. Les lecteurs modernes y voient tantôt un amoureux patient, tantôt un homme qui achète une épouse avec le don reçu à sa naissance.

Comment Riquet aide la princesse, et ce qu'elle lui donne en retour

Le cœur du conte est un échange symétrique. Riquet a le pouvoir de rendre spirituelle la personne qu'il aime ; la princesse a le pouvoir de rendre beau celui qui lui plaira. Aucun des deux ne peut se servir de son don pour lui-même. Chacun dépend donc de l'autre, et le récit ne se dénoue que lorsque les deux pouvoirs se croisent.

PersonnageCe que la fée constateDon reçu
Riquet à la houppeTrès laid, mais beaucoup d'espritRendre spirituelle la personne qu'il aimera
La princesse aînéePlus belle que le jour, sans espritRendre beau celui qui lui plaira
La sœur cadetteLaide, mais très spirituelleAucun don mentionné

La sœur cadette est la grande oubliée du conte. Perrault la fait disparaître dès que l'aînée reçoit l'esprit, sans dire ce qu'elle devient. Une version narrée par elle ouvre immédiatement de nouvelles tensions : jalousie, lucidité, regard ironique sur un mariage arrangé. Pour qui veut tenter l'exercice, choisir un narrateur secondaire revient à travailler le choix entre le je et le il, qui change le sens d'une scène sans en modifier les faits.

Quelle est la morale de Riquet à la houppe ?

Perrault clôt son conte par deux moralités en vers. La première affirme que ce récit est moins un conte en l'air que la vérité même : tout est beau dans ce que l'on aime, et tout ce qu'on aime a de l'esprit. La seconde ajoute qu'un charme invisible, que l'amour seul fait découvrir, pèse plus lourd que la beauté que la nature donne. La morale porte donc sur le regard plus que sur les qualités : la beauté intérieure ne remplace pas la beauté physique, elle la fait voir.

Le narrateur glisse d'ailleurs une explication qui fragilise le merveilleux. Selon certains, écrit-il, ce n'est pas le don de la fée qui a opéré, mais l'amour seul : la princesse, ayant réfléchi à la persévérance et à la discrétion de son amant, ne voit plus sa bosse que comme un dos voûté avec élégance, et sa démarche boiteuse que comme une manière nonchalante. La laideur n'a pas disparu ; c'est la princesse qui a changé.

Cette ambiguïté rend le conte plus moderne qu'il n'y paraît. Elle rejoint le débat des salons du XVIIe siècle sur l'esprit et la galanterie, et elle laisse au lecteur le choix entre deux lectures : un récit de magie ou un récit d'amour lucide. Le conte de Charles Perrault reste ainsi l'un des rares de son recueil où la beauté de l'héroïne ne suffit pas à son bonheur.

Les thèmes principaux du conte

Trois thèmes se dégagent et se répondent tout au long du récit.

  • La beauté physique contre l'intelligence. Le conte refuse de choisir : l'une sans l'autre rend malheureux, la princesse belle comme la sœur laide.
  • La laideur et le regard. Riquet reste laid aux yeux du monde ; il devient beau aux yeux de celle qui l'aime.
  • La parole donnée. La princesse doit tenir une promesse faite quand elle n'avait pas d'esprit, ce qui pose une question presque juridique sur le consentement.

Ce dernier point intéresse particulièrement les lectures contemporaines. Une jeune fille qui s'engage sans pouvoir juger, puis à qui l'on rappelle sa parole, raconte autre chose qu'un simple conte de fées. C'est là que les réécritures au féminin trouvent leur prise.

Comment se termine l'histoire de Riquet ?

La fin est heureuse chez Perrault. La princesse prononce le souhait, Riquet lui paraît l'homme le plus beau du monde, le roi son père consent au mariage, et les noces se font le lendemain comme Riquet l'avait prévu. Le récit ne dit pas un mot de la vie conjugale : il s'arrête au moment où les deux dons se sont échangés.

Il faut pourtant savoir qu'une autre fin existe. En 1696, un an avant Perrault, Catherine Bernard publie sa propre version de Riquet à la houppe, insérée dans son roman Inès de Cordoue. Chez elle, Riquet est un roi des gnomes, la princesse s'appelle Mama, et le mariage tourne mal : la princesse, devenue spirituelle, aime un autre homme, et Riquet finit par donner à l'amant le même visage que le sien. La morale est amère, loin de l'harmonie finale du conte français le plus connu.

Perrault, Catherine Bernard, Amélie Nothomb : trois versions comparées

Le récit a donc au moins deux sources à la fin du XVIIe siècle, et une relecture marquante au XXIe. Les mettre côte à côte montre ce que chaque auteur garde ou change.

VersionDateRiquetFin
Catherine Bernard, dans Inès de Cordoue1696Roi des gnomesMariage malheureux, tromperie
Charles Perrault, Histoires ou contes du temps passé1697Prince laid et spirituelMariage heureux, l'amour transforme le regard
Amélie Nothomb, roman Riquet à la houppe2016Déodat, garçon laid et surdouéRencontre avec Trémière, jeune fille jugée simple

Amélie Nothomb transpose le conte dans un monde contemporain. Déodat, né laid et d'une intelligence hors du commun, se passionne pour les oiseaux ; Trémière, d'une grande beauté, passe pour simple d'esprit parce qu'elle se tait. Le roman joue sur l'écart entre ce que l'on voit et ce que l'on sait, exactement comme le conte d'origine. Son œuvre, comme celle de Madame Bernard, appartient à une littérature où le conte sert de miroir. Ces deux voix féminines, à trois siècles d'écart, rappellent que la littérature féminine de Christine de Pizan à nos jours s'est souvent emparée des contes pour en déplacer le sens.

Où lire et écouter le texte de Perrault

L'œuvre étant dans le domaine public, le texte intégral de Riquet à la houppe se lit gratuitement sur Wikisource, qui reproduit l'édition de 1697 et des éditions plus tardives. Ce texte gratuit est disponible en ligne sans inscription. Plusieurs sites proposent aussi un livre audio gratuit, lu par des bénévoles, utile pour entendre le rythme des phrases et la grâce des répliques. En librairie, on trouve le conte dans les recueils de Perrault publiés en France en édition de poche, souvent avec un dossier d'analyse littéraire, et dans des albums pour la jeunesse où le petit prince à la houppe est illustré. La littérature de jeunesse a d'ailleurs fait de cette œuvre un classique des lectures scolaires.

Lire le conte dans son recueil d'origine éclaire son sens. Il était entouré de Cendrillon, du Petit Poucet et de La Belle au bois dormant, et c'est le seul récit de la série où l'apparence d'un héros masculin pose problème. Pour une analyse de texte, comparer la place de la beauté dans ces contes voisins fait apparaître ce que Riquet à la houppe a de singulier dans la littérature de l'époque.

Réécrire Riquet à la houppe : trois leviers pour une auteure

Reprendre un conte connu libère de l'intrigue : le lecteur sait déjà ce qui va se passer, et l'attention se porte sur le style, les ruptures, les silences. Le conte de Perrault, tombé dans le domaine public, se prête à toutes les reprises sans question de droit d'auteur sur le texte source.

  1. Changer de narrateur. La sœur cadette, la fée ou un des cuisiniers sous la terre donnent un regard neuf sur la même histoire.
  2. Déplacer le cadre. Une banlieue d'aujourd'hui, une entreprise, un futur où l'intelligence se mesure et se vend : le pacte entre Riquet et la princesse y prend un sens économique.
  3. Changer de forme. Prose lyrique, dialogue de théâtre, fragments : le registre modifie le sens sans toucher à l'intrigue.

L'essentiel est de décider, avant d'écrire, quelle question on pose au texte : le consentement de la princesse, le prix de l'esprit, le sort de la sœur oubliée. Pour qui écrit pour les plus jeunes, une version en album ou en roman court relève des contraintes propres à l'écriture pour la jeunesse, où le conte classique reste un point d'appui apprécié des éditeurs. Les exercices de reprise de contes figurent aussi parmi les pistes de l'écriture créative en atelier.

Auteur, sens de la houppe et beauté de Riquet aux yeux de la princesse

Qui a écrit Riquet à la houppe ?

Charles Perrault, dans les Histoires ou contes du temps passé publiés en 1697, aux côtés du Petit Chaperon rouge et de La Belle au bois dormant. Catherine Bernard en avait publié une version un an plus tôt.

Que signifie la houppe de Riquet ?

C'est une petite touffe de cheveux sur le haut de la tête, présente dès sa naissance. Elle lui donne son nom et sert de signe visible de sa différence.

Pourquoi la princesse trouve-t-elle Riquet beau à la fin ?

Soit par le don de la fée, qui lui permet de rendre beau celui qu'elle aime, soit, selon le narrateur, par l'amour seul, qui lui fait voir autrement ses défauts.

Quel roman moderne reprend Riquet à la houppe ?

Amélie Nothomb a publié en 2016 un roman intitulé Riquet à la houppe, centré sur Déodat et Trémière, qui transpose le conte dans un cadre contemporain.

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