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Droits d'auteur de l'écrivaine : ce que la loi protège et comment le prouver

Mis en ligne le - Dernière mise à jour :

Un texte est protégé par le droit d'auteur dès qu'il est écrit, sans dépôt ni formalité, comme le pose le Code de la propriété intellectuelle (L111-1). Pour protéger ses droits d'auteur, un écrivain doit donc surtout pouvoir dater son manuscrit, connaître ses droits moraux et patrimoniaux et lire ses contrats avant de les céder.

Trois réflexes

  • La protection naît de la création : aucun dépôt ne la donne, un dépôt horodaté la prouve.
  • Les droits moraux ne se vendent jamais ; les droits patrimoniaux se cèdent, droit par droit, par écrit.
  • Avant d'envoyer un manuscrit, garder une preuve datée de son contenu exact.

Que protège le droit d'auteur, et que laisse-t-il libre ?

Le Code de la propriété intellectuelle protège toutes les œuvres de l'esprit, « quels qu'en soient le genre, la forme d'expression, le mérite ou la destination » (L112-1). Roman, nouvelle, poème, essai, scénario, journal intime, lettre, billet de blog, traduction : tous sont des œuvres protégées dès lors qu'ils sont originaux. L'originalité ne se juge pas à la qualité littéraire. Elle tient à l'empreinte de la personnalité de l'auteur, visible dans les choix d'écriture : vocabulaire, construction, ton, rythme.

Ce qui n'est pas protégé compte autant. Une idée, un thème, un genre ou une intrigue résumée en deux lignes sont de libre parcours : personne ne détient le droit d'écrire sur une héroïne qui quitte tout pour élever des chevaux en Islande. Seule la mise en forme concrète de l'idée est une création originale. Un titre peut être protégé s'il est lui-même original (L112-4). Les faits historiques, les informations et les données brutes restent eux aussi à disposition de tous.

La protection suppose un auteur personne physique. Un contenu généré par une intelligence artificielle sans choix créatifs humains identifiables n'entre pas, en l'état du droit français, dans le champ de l'œuvre de l'esprit. Une écrivaine qui se sert d'un outil d'aide reste auteur de ce qu'elle écrit et retravaille elle-même.

Les droits d'un auteur : droits moraux et droits patrimoniaux

L'auteur jouit sur son œuvre d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous, qui comprend deux familles de droits aux règles très différentes.

CritèreDroit moralDroits patrimoniaux
ContenuDroit de divulgation, droit au nom (paternité), droit au respect de l'œuvre, droit de repentir ou de retraitDroit de reproduction et droit de représentation (L122-1)
CessionImpossible : inaliénablePossible, par écrit, droit par droit
DuréePerpétuelle, transmise aux héritiersVie de l'auteur, puis 70 ans après l'année civile de sa mort
Références du codeL121-1 à L121-9L122-1 à L123-12

Le droit moral de l'auteur est « perpétuel, inaliénable et imprescriptible » (L121-1). Le droit de divulgation laisse à l'auteure seule la décision de rendre son manuscrit public, et sous quelle forme. Le droit au respect lui permet de s'opposer à une coupe, une réécriture ou une adaptation qui dénature l'œuvre, même après la signature d'un contrat. Le droit au nom vaut aussi pour celle qui publie sous un nom de plume : choisir un pseudonyme d'auteur et garder ses droits ne fait perdre aucune de ces prérogatives.

Les droits patrimoniaux sont ceux qui rapportent : le droit de reproduction couvre l'impression, la publication numérique, la copie ; le droit de représentation couvre la lecture publique, l'adaptation diffusée, la mise en ligne. À la mort de l'auteur, ils passent à ses ayants droit pour l'année en cours et les soixante-dix années suivantes (L123-1), puis l'œuvre tombe dans le domaine public.

Comment prouver la date de création d'une œuvre ?

Puisque la loi ne demande aucun enregistrement, la seule question pratique est la preuve. En cas de litige, celui qui revendique un texte doit montrer qu'il l'a écrit le premier. Plusieurs moyens permettent de dater un manuscrit, avec une force probante inégale. L'INPI, l'institut qui gère par ailleurs brevet, marque, dessin et modèle au service de l'innovation, propose ainsi l'enveloppe Soleau, accessible aussi aux créateurs littéraires.

Moyen de preuveCe qu'il établitLimite
Enveloppe Soleau (INPI, papier ou e-Soleau)Date certaine et contenu exact, conservés 5 ans, renouvelables une foisNe crée aucun droit, seulement une preuve
Archivage auprès d'une société d'auteurs (SGDL, SACD pour le théâtre et l'audiovisuel)Dépôt horodaté du manuscrit, archivé par un tiers du métierService payant, conservation fixée par chaque société
Commissaire de justice (ancien huissier) ou notaireActe ou dépôt à forte valeur probanteDémarche plus lourde
Coffre-fort ou horodatage numériqueEmpreinte datée du documentValeur liée au sérieux du prestataire
Courrier recommandé à soi-mêmeUn cachet de La Poste, si l'enveloppe reste ferméeFacile à contester : rien ne prouve ce qu'elle contenait

Les brouillons datés, les échanges de courriels avec une relectrice, les versions successives d'un manuscrit sur un espace en ligne et les envois à des concours forment aussi un faisceau d'indices que le juge peut retenir. Garder ces traces ne coûte rien. Le dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France, obligatoire pour un livre publié, ne remplace pas ces preuves : il intervient à la publication, alors que le risque de reprise se situe souvent avant.

Déposer son manuscrit avant de l'envoyer

Le moment le plus exposé est celui où le manuscrit circule sans être publié : envoi à des éditeurs, à un agent, à un comité de lecture, à un concours. Le réflexe utile consiste à faire un dépôt horodaté de la version exacte qui part, puis un nouveau dépôt lorsque le texte change sensiblement. Une enveloppe Soleau déposée sur le premier jet ne prouve rien sur des chapitres écrits six mois plus tard.

Avant d'envoyer un manuscrit à une maison d'édition, il vaut aussi la peine de vérifier que l'éditeur est identifiable, qu'il publie le genre visé et qu'il ne réclame aucun paiement. Les cas de plagiat par un éditeur reconnu restent rares ; les ressemblances viennent bien plus souvent d'idées communes, que la loi ne protège pas. L'enveloppe ou l'archivage sert surtout à se donner une preuve propre si un doute survient.

Éviter le plagiat et réagir en cas de contrefaçon

Juridiquement, le plagiat s'appelle contrefaçon : toute reproduction ou représentation d'une œuvre faite sans le consentement de l'auteur est illicite (L122-4). Le délit est puni de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende (L335-2). Une courte citation, justifiée et accompagnée du nom de l'auteur et de la source, reste permise (L122-5).

Pour limiter les risques, une écrivaine peut publier des extraits plutôt que des chapitres entiers en ligne, mentionner son nom et l'année sur chaque document partagé, et effectuer de temps en temps une recherche d'une phrase caractéristique entre guillemets dans un moteur de recherche. Lorsqu'une reprise est constatée :

  1. Faire constater la page ou le livre en cause par un commissaire de justice, avant toute suppression.
  2. Rassembler ses preuves de date de création.
  3. Adresser une mise en demeure au contrefacteur ou un signalement à l'hébergeur.
  4. Se faire conseiller : la SGDL et les sociétés de gestion collective orientent leurs membres, un avocat en propriété intellectuelle chiffre l'atteinte au droit.

Céder ses droits sans les perdre

Publier, c'est céder une partie des droits patrimoniaux à un éditeur. La loi encadre strictement cette cession : chaque droit cédé doit faire l'objet d'une mention distincte, et le domaine d'exploitation doit être délimité quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée (L131-3). Ce qui n'est pas écrit n'est pas cédé. Un contrat qui cède le livre papier sans parler du numérique ne donne pas le droit numérique à l'éditeur.

Les points à lire en priorité : la durée de la cession, le territoire, les formats (papier, numérique, audio, adaptation), la rémunération proportionnelle et la clause qui organise le retour des droits si le livre n'est plus exploité. Le détail se trouve dans les clauses du contrat d'édition à lire avant de signer. En autoédition, l'auteure garde l'ensemble de ses droits et n'accorde aux plateformes que des licences de diffusion, souvent non exclusives : lire leurs conditions reste indispensable.

La gestion collective complète ce cadre : la Sofia répartit la rémunération du prêt en bibliothèque, et d'autres sociétés collectent les droits de copie. S'y inscrire dès le premier livre publié évite de laisser ces sommes à d'autres titulaires du droit.

Droit d'auteur hors de France : ce que change la Convention de Berne

Un texte écrit en France est protégé dans la plupart des pays sans démarche supplémentaire. La Convention de Berne de 1886, administrée par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), impose à ses États membres de protéger les œuvres des auteurs des autres pays membres comme celles de leurs propres ressortissants, sans formalité. La durée varie d'un pays à l'autre, avec un minimum de cinquante ans après la mort de l'auteur. Les États-Unis connaissent un enregistrement facultatif auprès du Copyright Office, utile pour agir devant leurs tribunaux.

Droits d'auteur de l'écrivaine : les cas qui reviennent

Faut-il déposer un roman pour être protégée ?

Non. Le droit d'auteur naît de la création ; le dépôt ne fait qu'en établir la date. Il reste conseillé avant de faire circuler un manuscrit.

Quelle est la durée de protection d'un livre ?

Toute la vie de l'auteur, puis soixante-dix ans après l'année civile de sa mort pour les droits patrimoniaux. Les droits moraux, eux, ne s'éteignent jamais.

Peut-on reprendre l'idée d'un autre roman ?

Oui, une idée ou un thème n'est pas protégé. Reprendre la forme, c'est-à-dire des passages, des personnages très caractérisés ou une construction reconnaissable, constitue en revanche une contrefaçon.

Une enveloppe Soleau suffit-elle à protéger un manuscrit ?

Elle prouve la date et le contenu exact d'un texte pendant cinq ans, renouvelables une fois. Elle ne crée aucun droit et ne couvre que la version déposée.

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